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Video, 6', 2002  Video Still © Yan Duyvendak
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Dans la vidéo de 6 minutes Oeil pour oeil (2002), Duyvendak projette un grand nombre de "têtes parlantes" - différents commentateurs et présentateurs télévisuels - sur son torse nu. Son visage et son torse deviennent une surface de projection médiatique, sur laquelle s’inscrivent les images de la télévision. Tout comme les personnes télévisées regardent la caméra ou leur interlocuteur, Duyvendak, d’un mutisme persistant, regarde soit le projecteur vidéo – et donc le spectateur -, soit, synchrone avec l'image de la télévision, un interlocuteur imaginaire. La position respective des commentateurs est adoptée de manière approximative et devient par moment quasi un camouflage, lorsqu’il ne se vêtit pas seulement des habits des locuteurs, mais également lorsque son regard concentré se superpose au regard des têtes télévisuelles. Duyvendak devient alors, pour de brefs instants, un politicien, un modérateur ou encore une personnalité de la télé-réalité, se confond avec eux et, dans cette fusion, frappe le regard du spectateur: face à face.

Les images projetées proviennent de programmes de télévision qui marquaient le premier anniversaire du 11 Septembre 2001. Elles indiquent un point culminant des représailles annoncées à Oussama ben Laden, dont la capture, "dead or alive", était devenue le slogan de toute une nation. L'Oeil pour œil du titre (1) prend alors une dimension supplémentaire par la vengeance (supposée) biblique qu’évoque l'expression "œil pour œil". De là ressort également une relation précaire entre voix et regard: "Le son des commentaires des nouvelles s’entend, dans ce montage-clip, comme du verbiage insensé, justement parce qu'il est projeté" (2) sur le visage de l'artiste, qui semble avoir une certaine expression d'indifférence et de mélancolie. Duyvendak - ou plutôt le grand nombre d’images télévisuelles qui se mélangent avec son "autoportrait" en mouvement – se dissout dans un nombre potentiellement infini d'"autres", par l’adoption et l’incarnation (littérale) de rôles des commentateurs télévisuels qui s’alternent au rythme de trois secondes. Les images filmiques ne couvrent pas systématiquement le visage de Duyvendak, ce qui laisse apparaître d’étranges visages doubles, qui créent ainsi un „autre“ et très inquiétant tiers.

1) "Oeil pour oeil" est, à l’origine, une partie d’une loi de la Torah pour le peuple d’Israel. Utilisé avec "dent pour dent", la citation est souvent malentendue comme une injonction à une victime ou à ses représentants, de punir le coupable d’actes identiques ou similaires.
2) "Bildwelten und Blickregime, Yan Duyvendak im Gespräch mit Georg Christoph Tholen", in: Prix Meret Oppenheim 2010, Interviews. Office fédéral de la Culture (Suisse). Bern 2010. p81

Texte: Toni Stooss, ““Ich ist ein Anderer” – ein Blick auf Stars und Menschen wie Du und Ich” in Rollenbilder/Rollenspiele, ed.Hirmer 2011, pp152-153

Œil pour œil

In his 6-minutes video Oeil pour oeil (an eye for an eye), 2002, Yan Duyvendak had different speakers from a variety of TV programmes projected in bust format onto his naked torso. His face and torso became a screen for media images. Just like the projected speakers face the camera or their conversation partner, Duyvendak stares in silence at the projector and thus in the direction of the viewer, or else – in synch with the TV image – at an imaginary conversation partner. In part, he copies the positions of the projected speakers, so that the images become almost a “cover” for him – not only does he assume the projected clothing of the speakers, but also their concentrated looks. For some moments, Duyvendak then turns into a politician, a moderator, a reality TV personality, and in this form of fusion he meets the viewer’s eye, face to face.

The projected clips were taken from TV programmes broadcast in connection with the first anniversary of September 11, 2001. They mark a highlight in the campaign for retribution, with a whole nation backing the threat issued to Osama bin Laden that he would be hunted down and captured "dead or alive". This adds a further dimension to the title Oeil pour oeil, an eye for an eye, evoking the Old Testament’s measure for revenge (1).The technique applied also leads to a precarious relationship between image and sound. "The words of the news items turn into meaningless sound in this clip mix as a result of their being projected" (2) onto the artist’s face, which seems to express a certain melancholy and indifference. Duyvendak – or rather his "self-portrait" with which the numerous TV images are constantly merging, takes on the role of a different TV speaker roughly every three seconds. In fact, he literally "embodies" them. Yet the film faces are not always perfectly superimposed over Duyvendak’s face, giving rise to some uncanny double faces and so creating a new, a third "personality".

1) "Oeil pour oeil", an eye for an eye, is originally part of a legal rule set out in the Torah for the people of Israel. Frequently quoted together with “a tooth for a tooth”, this phrase is often incorrectly assumed to be an instruction for a victim or his/her representative to seek retribution from the perpetrator, returning like for like.
2) "Bildwelten und Blickregime, Yan Duyvendak im Gespräch mit Georg Christoph Tholen", in: Prix Meret Oppenheim 2010, Interviews. Office fédéral de la Culture (Suisse). Bern 2010. p81

Text: Toni Stooss, ““Ich ist ein Anderer” – ein Blick auf Stars und Menschen wie Du und Ich” in Rollenbilder/Rollenspiele, ed.Hirmer 2011, pp152 and 153
Translation: Martin Striegel
Video technics: Laurent Desplands

Coproduction: Centre pour l'Image Contemporaine (sgg*) saint-gervais genève